En ce temps-là, l’amour…

En ce temps-là, l'amour était de mentir aux enfants." Ainsi commence ce récit poignant et lumineux.

Un homme témoigne d’une rencontre improbable : celle d’un père et de son fils de 12 ans , comme seuls au milieu du chaos et du désespoir, pendant les 7 jours que durera l’apprentissage de ce qui fait la vie d’un homme . Il y sera question d’amour, de liberté, de culture, et d’humour. De mort aussi.

Ils en parlent...

Pierre-Yves Desmonceaux met en scène et interprète le monologue écrit par Gilles Ségal. Son intelligence des enjeux philosophiques et humains de ce texte poignant est éblouissante.

Pour éprouver son obéissance, Dieu ordonne à Abraham de sacrifier Isaac. Un ange arrête de justesse sa main ; un bélier remplace l’enfant. Mais, dans le wagon plombé où le narrateur du texte de Gilles Ségal rencontre le père et le fils dont il raconte les derniers jours, il n’y a pas d’ange pour arrêter la mort… Geste d’amour ou geste de folie ? Le narrateur ne juge pas, sinon en affirmant qu’« en ce temps-là, l’amour était de chasser ses enfants ». Lui l’avait su à temps : c’est pour cela que son fils est toujours vivant et qu’il peut lui raconter, dans un testament en forme de mémorial, les derniers jours de l’infanticide et de son petit. Encouragé par les photos de son arrière-petit-fils reçues d’Amérique, taraudé par l’imminence du dernier départ (la valise à ses pieds a été préparée pour l’hôpital, où l’attend une opération sans doute fatale), le narrateur raconte l’histoire de cet homme qui, le premier jour, demande à son fils s’il a fait ses devoirs, lui explique ensuite, de jour en jour, ce qu’un homme accompli doit savoir, organise, le sixième jour, le mariage de son garçon au milieu des mourants, avant d’aider le petit, finalement, à échapper aux bourreaux grâce à une pastille de cyanure.

Evidence du talent

« En ce temps-là, l’amour était-ce tuer son enfant ? » Le clown éperdu préféra s’accrocher à Spinoza plutôt que de se complaire dans l’ordure du cloaque infernal qui conduisait les Juifs aux chambres à gaz. L’homme offre à son fils, en six jours, le temps d’arriver en Pologne, un accéléré des leçons qu’il lui aurait sans doute prodiguées patiemment, si le temps lui avait laissé celui d’être père. Le narrateur est perplexe d’abord, admiratif ensuite. La leçon de choses est leçon de vie. L’amour de celui qui écoute pour celui qui enseigne est aussi grand que celui du père qui veut croire aux forces de l’esprit en pleine déréliction. L’humour et le suicide demeurent au condamné comme ultimes preuves de sa liberté. Telles sont les armes de ce malheureux, qui sauve l’humanité en refusant d’abdiquer la sienne. Pierre-Yves Desmonceaux réussit le tour de force d’incarner les différentes figures du récit par une interprétation protéiforme absolument époustouflante. Aucune grandiloquence dans l’adresse, aucune affèterie dans le jeu, aucun pathos : l’économie est totale, l’effet est saisissant. Chaque mot est pesé, chaque phrase est nécessaire, dans la bouche du comédien comme dans celle de son personnage. Pierre-Yves Desmonceaux ne prend pas le spectateur en otage. Il se tient à l’écart de l’émotion manipulatrice. Il se tient droit, vrai, évident, sincère. Un exceptionnel moment de théâtre !

Catherine Robert

«  Texte splendide, puissant et bouleversant »

Traversé de questions essentielles, ce terrible compte à rebours cogne l'âme et le coeur. A quoi tient le miracle? A la force du texte, bien sûr : chaque mot déversé pleure l'amour et la liberté encore possibles, la saveur furtive du bonheur. Mais ce qui frappe bien plus encore, c'est l'époustouflant Pierre-Yves Desmonceaux : Le sourire pâle et vacillant comme son regard, il laisse planer des lambeaux de douleur avec une justesse très loin de la composition à effets. Le trouble est constant, et l'on éprouve la grisante sensation d'avoir assisté à un morceau de théâtre brut, transcendé par une émotion inextinguible. Myriem Hajoui . 

Une belle leçon de vie malgré l'horreur.

Le texte de Gilles Ségal est empreint d'une humanité généreuse et fragile.

Pierre-Yves Desmonceaux l'interprète avec toutes les nuances, de la gravité à l'humour. Grâce à ses ruptures de ton, il nous embarque dans cette histoire tragique, sans aucun pathos et même en nous faisant rire. Emotion et résistance par l'humour. Sylviane Bernard-Gresh

  • Du 14 janvier au 2 avril 2019
  • Les lundis et mardis à 19h45
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 60mn
  • A partir de 12 ans
  • Tarif plein : 20 €
  • Tarif réduit * : 15 €
  • * pour les moins de 26 ans, étudiants, plus de 65 ans, habitants du 4ème arrondissement, demandeurs d'emploi, intermittents du spectacle, associations et groupes de 10 personnes minimum, sur présentation d'un justificatif
  • Auteur : Gilles Ségal
  • Mise en scène : Pierre-Yves Desmonceaux
  • Avec : Pierre-Yves Desmonceaux
  • Site de la compagnie : www.bords-de-scenes.com
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